Le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire, de l'anticolonialisme au parti unique (1944-1985) : histoire d'un pouvoir dominant
Comment un mouvement de libération devient un parti-État : mettre en regard le récit d'un adversaire et celui d'un dépositaire, sans épouser aucun des deux camps.
Description
De 1944 à 1990, la Côte d'Ivoire se construit autour d'un parti dominant, le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA), et de la figure de son fondateur, Félix Houphouët-Boigny. L'organisation naît comme un mouvement anticolonialiste de masse — le Syndicat Agricole Africain de 1944, puis le PDCI de 1946, section ivoirienne du Rassemblement Démocratique Africain — avant de se transformer, à partir du « tournant de 1950 », en un appareil de parti unique de fait qui gouverne le pays pendant plus de trente ans. Cette trajectoire, aujourd'hui mal transmise en dehors du pays, est un cas d'école de la fabrique et de la pérennisation d'un pouvoir dominant : comment une force politique majoritaire verrouille la vie publique, coopte ses cadres et gère l'opinion. Cette formation la restitue à partir de deux récits opposés : l'essai de Marcel Amondji, Le P.D.C.I. et la vie politique de 1944 à 1985 (L'Harmattan, 1986), un travail de « démythification » à charge contre le régime, écrit sous pseudonyme par un auteur de la mouvance d'opposition ; et l'ouvrage de Jean-Noël Loucou, Le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire – Rassemblement Démocratique Africain : D'Hier à Demain (L'Harmattan, 2021), écrit de l'intérieur de l'appareil par un membre en exercice du Bureau politique du parti. Un choix assumé, énoncé d'emblée : cette formation met en regard deux voix engagées en sens opposés, sans accès neutre à ce pouvoir — Amondji le déconstruit en adversaire déclaré, Loucou le célèbre en dépositaire. Sur les épisodes où ils s'affrontent (le désapparentement de 1950, l'instauration du parti unique, les « Quarante Glorieuses »), seuls les faits de contexte les plus généraux sont recoupés par une littérature académique indépendante ; le reste relève d'une lecture partisane que la formation n'arbitre pas. L'apprenant en repart capable de distinguer, sur chaque épisode, un récit partisan d'un fait recoupé par une source tierce, et d'analyser les mécanismes par lesquels un mouvement de masse se mue en appareil moniste. Loucou n'est mobilisé ici que sur sa fenêtre historique 1946-1990 ; sa partie prospective et contemporaine (RHDP, mandats récents) reste hors périmètre, trop proche d'une actualité politique ivoirienne non stabilisée.
Compétences acquises
- Distinguer la thèse d'un essai engagé d'un fait recoupé par une source tierce indépendante
- Analyser la transformation d'un mouvement de masse en appareil de parti unique (cooptation, verrouillage, monisme)
- Repérer les répertoires de légitimation et de délégitimation d'un pouvoir dominant
- Mettre en regard deux récits partisans opposés sur un même épisode (critique hostile, dépositaire favorable) sans trancher à la place des sources
- Situer un épisode dans les dynamiques de construction de l'opinion publique (référence Bourdieu)
Prérequis
- Culture générale en histoire politique et en science politique
- Familiarité avec les notions de légitimité, d'autorité et de rapports de force (utile, non exigée)
Public cible
Élus, directeurs et directrices de la communication, conseillers, cadres d'institutions et d'organisations sensibles souhaitant comprendre, à distance critique, comment se documente l'histoire politique d'un pouvoir dominant à partir de deux récits partisans opposés — sans confondre thèse d'auteur et fait établi, quel que soit le camp qui parle.
